Certains protocoles médicaux ne tolèrent pas la moindre improvisation. À l’opposé, la musicothérapie trace sa route, libre et mouvante, refusant de s’enfermer dans un carcan unique.
Les objectifs se dessinent en fonction de chaque histoire, chaque besoin, chaque praticien. Les séances ne se ressemblent pas, mais quelques points d’ancrage permettent de saisir l’esprit de cette discipline et ses impacts bien concrets.
La musicothérapie, bien plus qu’une simple écoute de la musique
Réduire la musicothérapie à une simple écoute musicale serait passer à côté de sa richesse. D’après l’Association Française de Musicothérapie (AFM), elle s’appuie sur la musique et le son pour accompagner, restaurer, soutenir : des objectifs précis qui s’enracinent dans la recherche, enseignée notamment à l’Institut de Musicothérapie de Nantes et documentée dans la Revue Française de Musicothérapie. Les travaux d’Edith Lecourt, Rolando Benenzon ou Jean-Marie Guiraud-Caladou ont ouvert la voie à cette discipline, qui mêle théorie et pratique au service du soin.
Chaque séance se construit autour de deux axes complémentaires, qui donnent à la musicothérapie toute sa profondeur :
- Musicothérapie active : le patient devient acteur, il improvise, chante, manipule des percussions ou d’autres instruments. Cet espace, sans jugement, favorise l’expression, la communication non verbale, la créativité.
- Musicothérapie réceptive : l’écoute guidée de morceaux choisis par le musicothérapeute invite à explorer émotions, souvenirs, images mentales. L’idée n’est pas de se détendre passivement, mais de mobiliser ses propres ressources pour avancer.
Des auteurs tels que Josette Kupperschmitt ou Dominique Perrouault mettent en avant la capacité de la pratique musicale à accompagner des problématiques très variées : troubles du langage, difficultés relationnelles, que l’on soit enfant ou adulte. Les personnes touchées par des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson), l’autisme, la dépression ou des troubles de l’apprentissage trouvent, dans ce cadre, un soutien adapté.
La dimension collective, souvent vécue en groupe, agit comme un moteur de socialisation et d’estime de soi. Improviser, écouter, échanger autour de la musique : autant de leviers pour ouvrir un chemin vers un mieux-être. À l’intersection entre art et soin, la musicothérapie s’impose comme une ressource précieuse, sans jamais perdre de vue l’humain.
Quels sont les principes et les bienfaits de cette approche thérapeutique ?
La musicothérapie se distingue par sa souplesse : certains moments mettent l’accent sur l’expression, d’autres sur la réception. Les séances actives invitent à l’improvisation sonore, au chant, à la manipulation d’instruments. Les temps réceptifs privilégient l’écoute musicale, la détente, l’imagerie mentale. Cette alternance permet de coller au plus près des besoins de la personne, dans chaque situation clinique.
Le musicothérapeute adapte en permanence : il stimule la créativité, soutient l’expression émotionnelle, travaille la mémoire ou la structuration cognitive. Pour une personne aphasique, la musique devient une nouvelle façon de communiquer, impossible à travers la parole. Enfants, adolescents, adultes : tous bénéficient d’un terrain favorable à l’estime de soi, à la socialisation et à la diminution de l’anxiété.
Voici les principaux effets mis en avant dans la littérature spécialisée :
- Stimulation des capacités cognitives et de la mémoire
- Réduction de l’isolement social, notamment chez les seniors
- Apaisement des troubles du comportement et soutien dans la gestion de la douleur chronique (parfois en lien avec l’hypnose)
- Amélioration globale de la qualité de vie, y compris en soins palliatifs
Que ce soit pour des enfants présentant des troubles du spectre autistique, des adultes en situation de dépression ou de schizophrénie, ou encore des personnes âgées touchées par Alzheimer ou Parkinson, la musique agit comme un fil conducteur. Dans les institutions, la musicothérapie s’intègre à l’accompagnement global, en étroite collaboration avec orthophonistes et psychologues, pour offrir un parcours cohérent.
Plongée dans une séance : comment se déroule concrètement la musicothérapie
Pousser la porte d’un cabinet de musicothérapie, c’est découvrir un espace où l’accueil prime. Le musicothérapeute prend le temps de lire la posture, d’écouter la respiration, d’installer un climat de confiance, parfois avec peu de mots, parfois d’un simple regard.
Tout s’ajuste ensuite à la personne, qu’elle consulte seule ou en groupe. Deux grands chemins s’ouvrent : la pratique active (jouer, chanter, improviser) et la pratique réceptive (écouter, ressentir). Par exemple, dans un Ehpad LNA Santé, les résidents découvrent la douceur d’un tambourin ou la résonance d’un métallophone. L’objectif : favoriser l’expression, donner la parole à ceux qui l’ont perdue, en restant fidèle à la sensibilité de chacun.
Voici quelques ingrédients que l’on retrouve souvent lors d’une séance :
- Improvisation sonore : explorer rythmes et sons, sans pression ni jugement, pour laisser la créativité s’exprimer.
- Chansons partagées : raviver la mémoire, susciter l’émotion, créer un lien entre participants.
- Écoute guidée : se détendre, faire émerger des souvenirs, ouvrir un espace de dialogue intérieur.
En fin de séance, un temps de retour au calme s’impose. Le musicothérapeute accompagne la sortie de l’expérience, encourage parfois un partage verbal ou laisse simplement s’installer un silence complice. La formation spécifique du professionnel, dispensée par des organismes comme l’INMT ou l’AQPA, garantit cette continuité, ce fil discret mais solide entre la musique et la personne accueillie, dans toute sa singularité.
Pourquoi consulter un musicothérapeute peut changer votre rapport au soin
La musicothérapie trace une passerelle entre le soin et l’humain. Lorsque la parole s’épuise, la musique prend le relais : sons, rythmes, mélodies deviennent des outils de médiation. Le musicothérapeute ne se substitue pas au médecin, il ouvre un espace où l’expression et la relation s’inventent autrement. Enfants, adolescents, seniors, personnes atteintes de pathologies chroniques : chacun peut y trouver une voie singulière pour avancer.
Qu’elle soit choisie avec soin ou surgisse de l’improvisation, la musique stimule les fonctions cognitives, libère la créativité, ravive l’estime de soi. Chez les patients souffrant de troubles de la mémoire, Alzheimer, troubles du développement, isolement social, la réapparition d’une chanson ou la découverte d’un instrument réveille souvenirs et émotions enfouies. Les séances apportent aussi un apaisement de l’anxiété, de la douleur et du stress, en complément d’autres pratiques comme l’hypnose, y compris en contexte de soins palliatifs.
Le musicothérapeute travaille le plus souvent avec des équipes pluridisciplinaires : psychologues, orthophonistes, soignants. Cette dynamique collective encourage l’autonomie, la socialisation et restaure la capacité de communiquer, même en dehors des mots. La musicothérapie ne se contente pas de soulager : elle redonne à chacun une place, une voix, une dignité. Une séance après l’autre, c’est toute une vie qui retrouve son tempo.


